L’Union européenne est-elle soluble dans le fédéralisme ?

, par Alain Réguillon

Les élections européennes, une nouvelle fois, montrent l’ignorance et le désintérêt de nos concitoyens européens quant à la dimension européenne de leur quotidien. Si les projections de votes se confirment, le taux de votants ne devrait pas dépasser celui de 2014, voire être en dessous, autour de 40%.

Comment dans ces conditions conforter la légitimité d’une assemblée sans doute trop sage, trop consensuelle et par là, assez inodore et sans saveur ! Le Parlement européen n’a pas acquis la dimension politique que l’on pouvait en attendre. Il n’est pas offensif face à un Conseil européen omniprésent, s’arrogeant depuis dix ans maintenant un pouvoir de décisions que les traités pourtant ne lui confèrent pas. Les partis extrémistes, surfant sur la vague du populisme, vont obtenir un poids et un rang qui n’est pas digne d’une démocratie que chacun a du mal à reconnaître comme telle. Leur succès est de reprendre à leur compte le mécontentement qu’expriment, dans tous les pays, le mal être de femmes et d’hommes que la mondialisation inquiète, que l’austérité imposée pour résoudre le problème des dettes souveraines révolte et que les disparités économiques et sociales exaspèrent, laissant de côté la solidarité, pourtant à l’origine du projet européen. Ils ne proposent pas de solutions viables, capables de résoudre les attentes de celles et ceux qui vont leur faire confiance, bien qu’encore, il faille relativiser ce soutien qui ne représente guère que 12% des suffrages sur les 40 attendus.

Les partis traditionnels, en recomposition ou mutant avec un faux-nez, ne sont pas à la hauteur des enjeux ; ils ne répondent pas aux attentes des Européens qui, eux-mêmes, ne savent pas toujours ce qu’ils veulent !

Devant cette situation, c’est le projet même de l’Union qui est remis en cause. À avoir élargi sans réforme profonde du fonctionnement de l’Union, comme le prévoyait d’ailleurs le Traité de Maastricht, nous sommes aujourd’hui dans un ensemble qui ne donne plus satisfaction à personne. Et je ne vois aucun projet, aucune perspective de sursaut dans les programmes de campagne qui nous sont présentés. C’est bien là que réside la pauvreté des partis qui ne sont, à l’image des États, pas capables de s’organiser au niveau européen et qui ne présentent pas un projet digne de relancer celui des pères fondateurs.

Bien sûr que le fédéralisme serait la bonne solution. C’est le but d’ailleurs inscrit dans la Déclaration Schuman dont nous fêterons l’an prochain le 70e anniversaire. Mais qui porte un tel projet ? Qui explique ce que fédéralisme veut dire ? Qui ose avancer que pour qu’émerge une Fédération, il faut sacrifier l’Union actuelle ?

Car là est bien la difficulté ! Tant que l’on ne dénoncera pas l’Union à 27 ou 28 et que l’on continuera à se cacher derrière les traités, donc derrière les États, il n’y aura pas de solution possible !

En choisissant de rester un mouvement non engagé politiquement, l’UEF ne peut insuffler le moindre changement, car personne ne portera jamais la perspective qu’elle défend depuis tant d’années. En ne parvenant pas à devenir un mouvement de masse, elle n’influe sur personne et n’est pas entendue, ni par nos concitoyens, ni par les partis, ni par les États, ni par aucune autre force organisée.

Dans ces conditions, comment imaginer que l’Union puisse demain continuer à jouer un rôle sur la scène internationale ?

L’Union européenne, en l’état, n’est pas soluble dans le fédéralisme. Bien que certaines dispositions du traité – les coopérations renforcées ou structures – pourraient servir de levier à cette évolution, elles ne sont pas utilisées comme telles par les États et sont peu utilisées.

Alors que faire ? La question mériterait d’être débattue, mais je ne suis pas sûr que les fédéralistes en aient vraiment l’envie. Nous continuons à nous fondre dans l’existant en essayant de l’améliorer, ne nous distinguant en rien du Mouvement européen, de la Fondation Schuman ou de celle de Jean-Monnet, organismes respectables, mais peu révolutionnaires !

Il faut retrouver le souffle des femmes et des hommes qui, dans la Résistance, ont osé dire qu’il fallait une Europe unie entre belligérants : ils étaient les révolutionnaires que nous ne sommes plus !

J’affirme donc que l’Union européenne n’est pas soluble dans le fédéralisme ; il faut en convenir, renverser la table et reconstruire : quel fédéraliste y est prêt ?

Alain Réguillon Ancien Président de l’UEF France et Président de la Maison de l’Europe et des Européens de Lyon, membre du Bureau de Presse Fédéraliste - Lyon